Dans le monde spirituel, il est considéré comme tout à fait normal de vénérer des concepts, des objets, des êtres humains morts ou vivants, en tant qu'incarnation de principes divins, intermédiaires de dieu ou dépositaires d'enseignements sacrés. Ce genre de comportements occasionne souvent des dérives plus ou moins malsaines.

L'admiration ou la vénération ne sont pas des attitudes anodines. Je sais par expérience que le fait de concentrer son admiration sur une personne ou un objet peut provoquer des phénomènes internes ou externes impressionnants et inexplicables. L'erreur à ce moment est de décréter que c'est l'objet ou la personne qui est à l'origine des phénomènes. C'est ainsi qu'on décrète que telle statue est sainte ou que telle personne est divine, alors que c'est la dévotion qui est l'origine des phénomènes. Ce n'est pas l'objet de la dévotion qui accorde un miracle, c'est le dévot qui réalise le miracle, grâce à l'énergie générée par sa dévotion.

Concentrer ses pensées sur une personne a des effets réels. Concentrer ses émotions en plus de ses pensées multiplie exponentiellement les effets. Lorsqu'on est seul à concentrer ses pensées et ses émotions sur un objet, on est seul avec l'énergie qu'on génère. Lorsqu'on est plusieurs à faire la même chose sur un objet commun, la quantité d'énergie prend des proportions énormes, les phénomènes sont plus impressionnants, les pensées s'accélèrent, les manifestations émotionnelles sont plus vives, l'extase est plus intense, la synchronicité est à chaque pas, les miracles plus probables...

Malheureusement, la vérité est pervertie. Au lieu de reconnaître le rôle vital de la dévotion, nous attribuons à tort les bienfaits à un dieu, à un maître, à une relique... Nous voyons bien comment fonctionne une ruche. La reine pond des oeufs pendant que les abeilles butinent du pollen pour produire le miel. Imaginez une ruche dans laquelle les abeilles croiraient que c'est la reine qui produit le miel par magie. On imagine sans peine le sentiment d'auto-dépréciation des abeilles, convaincues que leur laborieuse moisson est insignifiante. On imagine facilement chaque abeille venir déposer modestement son miel aux pieds de la reine, en se disant que ce n'est rien à côté de tout ce que sa majesté donne au monde. On imagine aisément les luttes impitoyables des abeilles qui chercheraient à se rapprocher de la reine, dans l'espoir d'avoir plus de miel. On imagine bien que malgré toute sa bonne volonté, la reine sera tentée de faire preuve de duplicité ou d'autoritarisme.

C'est ainsi que les modestes groupes de chercheurs spirituels se transforment en sectes nocives ou en religions dévastatrices. Il s'y passe des choses sublimes mais il s'y passe aussi des choses ignobles. Les dévots se voilent généralement la face pour ne pas voir le mauvais car il ne veulent pas perdre le bénéfice de la mise en commun de l'énergie. Les plus gourmands et les moins scrupuleux se livrent à toutes sortes d'ignominies pour profiter de cette manne surréaliste.

C'est dommage car on a le choix entre rester seul avec sa petite énergie impuissante et isolée ou adhérer à un groupe tout en sachant qu'il faudra composer avec ses dérives potentielles. Je me suis demandé s'il était possible de trouver un objet de dévotion qui limite au maximum les effets de bord indésirables. Un objet qui existe partout et pour tous, que personne ne puisse contrôler.

La réponse qui me vient à l'esprit, c'est le son.

Actuellement c'est plutôt la lumière qui est associée à la divinité. Il me semble que le son est un bien meilleur concept pour symboliser des principes supérieurs.