Peur humaine

Dans l'un de ses ouvrages, Wilhelm Reich raconte une anecdote curieuse dont il avoue ne pas comprendre le sens.

Un nouveau né entouré de parents aimants se développe harmonieusement. Un jour, l'un des parents le déplace un peu trop vivement, le bébé pleure. Suite à cet incident insignifiant, l'enfant commence à montrer des signes de frayeur et de crispation physique dans des situations anodines au quotidien.

D'où vient cette peur étrange ? C'est incompréhensible parce qu'il n'est jamais tombé, donc il ne sait pas que les chutes sont douloureuses. Pourquoi le fait d'être déplacé rapidement génère du stress ?

Je propose une explication qui est partiellement évoquée dans l'article sur la carence cognitive qui semble ne frapper que les humains.

Je suis convaincue qu'il nous manque quelque chose. Les animaux sont capables de se repérer grâce à la magnétoception. Nous ignorons tout de cette faculté. Cela signifie que lorsque nous fermons les yeux, nous sommes totalement coupés du monde, contrairement aux animaux qui entretiennent un lien permanent avec leur environnement grâce au magnétisme naturel.

Si cette théorie est exacte donc lorsque nous fermons les yeux, il ne nous reste qu'une seule chose pour percevoir le monde : la gravité. Cette pression étrange qui s'exerce dans tout notre corps est notre seul lien permanent avec la terre. On peut supposer que ce n'est pas le cas pour les animaux. Lorsqu'ils ferment les yeux, ils continuent à percevoir le champ magnétique, leur corps est ainsi en contact permanent avec le monde, même lorsqu'ils dorment.

Le bébé qui vient de naître ne connaît rien. Ses premiers contacts avec le monde, c'est le froid, la lumière, les sons et la gravité.

  • Le froid est désagréable mais comme on l'habille chaudement, il se sent bien.
  • Le son et la lumière sont variables. Parfois il y en a. Parfois il n'y en a plus du tout. Parfois ça bouge dans tous les sens. Il n'y comprend rien mais ce n'est pas grave parce que cela n'agit pas directement sur son corps. Ça bouge devant ses yeux, ça titille les oreilles, ce ne sont que des simulations locales qui fluctuent au sein d'organes bien précis.
  • La gravité par contre pèse partout dans son petit corps, de la tête aux pieds. Elle s'exerce même lorsqu'il est allongé au chaud en silence dans le noir. Il s'agit d'un repère constant. La gravité devient son lien permanent avec le monde, quelque chose de parfaitement immuable parmi les tourbillons de sensations localisées.

Le jour où un mouvement brusque survient, le bébé est déboussolé puisque ce qu'il croyait immuable varie brutalement. Tout bouge sauf la gravité. Si la gravité aussi bouge alors il n'a plus de repère fixe, il ne peut plus se reposer sur rien.

Si nous étions capables se percevoir le magnétisme terrestre, le bébé humain pourrait s'accrocher à une sensation immense, ominiprésente. La gravité ne serait qu'un stimulus mouvant parmi tant d'autres au lieu d'être le pillier cognitif central. Les mouvements brusques et les chutes passeraient presque inaperçus face à la puissance démesurée du champ magnétique de la planète.

Malheureusement ce n'est pas le cas. Notre magnétorécepteur est éteint de naissance. Par conséquent la perte de confiance envers la gravité est probablement la première grande source de stress vital de tous les nourrissons. Dès l'instant où le bébé a expérimenté la brusque fluctuation de la gravité, il commence à avoir peur de tout et de n'importe quoi. C'est logique.

Lorsque les lumières dansent et que les bruits envahissent ses oreilles, la distraction dissipe ses angoisses.

Par contre lorsqu'il fait noir et que tout est silencieux, que reste-t-il ? Il ne reste que la gravité qui pèse dans tout le corps. Or la gravité peut bouger brusquement. Est-ce qu'elle peut aussi disparaître comme les sons et les lumières ? Mais si la gravité disparaît, il ne reste plus rien ! Le bébé qui ignore tout du monde et de la vie, ressent ainsi la peur de disparaître, la peur du vide, la peur de la mort, sans être capable de la comprendre ni de la verbaliser.

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