Addiction au portable

Le téléphone portable est devenu un accessoire incontournable dans les sociétés modernes. Avant les petits couples s'embrassaient dans le lieux publiques. De nos jours ils ont chacun les yeux rivés sur leur smartphones, absorbés par des activités visiblement plus passionnantes.

Pourtant, le 31 mai 2011, l’Organisation Mondiale de la Santé a reconnu que le téléphone portable est un agent cancérogène de niveau 2 pour les êtres humains. Il suffit d’une demi-heure de conversation par jour pendant dix ans pour être un bon candidat potentiel à cette maladie, sans oublier les kystes, les insomnies, la stérilité... Malgré les avertissements la plupart des usagers de téléphone portable refusent de limiter leur consommation. Au contraire, certains vont jusqu'à le laisser allumer 24h sur 24. Pourquoi risquer ainsi sa santé ou sa vie et celle de ses proches, en particulier celle de ses propres enfants?

L'explication la plus courante consiste à dire que les gens ne sont pas au courant des dangers du portable et des antennes relais. Je ne crois absolument pas à cette explication. La notice des portables indique toujours le Débit d'Absorption Spécifique de l'appareil pour indiquer son degré de nocivité. Ce critère est toujours affiché dans les comparateurs afin que les consommateurs puissent faire leur choix en tenant compte du degré de dangerosité. Cela prouve bien que tout le monde sait.

Tout le monde sait et tout le monde veut entendre une propagande rassurante pour pouvoir continuer à utiliser le portable sans trop s'inquiéter ni culpabiliser. L'utiliser pour quoi? Pour n'importe quoi, tout le temps, peu importe ce qu'on fait avec, pourvu qu'on le manipule. Même dans les pays en voie de développement, le portable est devenu un produit de première nécessité sans qu'aucune campagne de marketing n'aie planifié un tel développement. Comment expliquer cette adhésion spontanée alors qu'elle coûte cher?

Mon explication peut paraître fantaisiste mais je n'en vois aucune autre qui explique l'engouement pour ce gadget parmi les riches et encore plus parmi les pauvres. Pour moi, le portable comble un besoin naturel. Quelque chose qui nous manque si cruellement que nous sommes prêts à risquer notre santé ou notre vie pour nous soulager. Nous sentons qu'il serait normal et naturel d'être connectés 24h sur 24 les uns aux autres. Lorsque je parle de connexion, je ne parle pas d'un vague frisson au niveau du coeur lorsqu'on pense à quelqu'un. Je parle d'un internet humain. Un vaste réseau mondial où n'importe quel individu pourrait librement et naturellement communiquer avec n'importe quel autre, avec n'importe quel groupe.

Certains appellent ça "télépathie", personnellement je n'aime pas ce mot. "Pathie" = souffrir. Le mot "télépathie" signifie souffrir à distance. Lorsqu'on pense à ce mot, on imagine généralement 2 personnes reliées, comme par une conversation téléphonique privée. Je n'aime pas ce mot. Je préfère "Réseau Humain". Nous nous connectons au réseau grâce à la téléphilie. Avec la notion de réseau, on a le texte, l'image et le son, on a les pensées, les sentiments et les intentions, on a le partage et l'action collective sans limite.

Je considère que ce réseau est réel, il existe, il est opérationnel, il est naturel. Nous ne pouvons pas le contrôler, ni le modifier, ni le détruire parce que nous ne l'avons pas créé. Nous pouvons juste nous y brancher/débrancher. Mais nos antennes sont hors service, nous avons perdu le câble de connexion, notre modem est en panne. Nous sommes tellement débranchés que nous ne croyons même plus à l'existence du réseau. Mais la nature hurle au fond de nous alors nous construisons des appareils artificiels pour combler ce manque.

Lorsque j'étais petite, je fréquentais l'école primaire comme tous les enfants de mon âge. Mais j'étais triste, épuisée, désespérée, j'avais le tournis en pensant au nombre d'années que j'allais devoir passer, assise toute la journée à me gaver d'informations plus ou moins intéressantes. Je me disais que j'étais là, en train d'apprendre à lire, à écrire et à compter alors que des milliards d'adultes savaient déjà le faire. Je ne comprenais pas pourquoi les connaissances des générations précédentes n'étaient pas déjà disponibles dans mon cerveau. Je ne comprenais pas pourquoi le savoir de mes prédécesseurs ne m'était pas livré en même temps que le corps à la naissance.

Ré-apprendre ce que des milliards de gens savent déjà, je trouvais que c'était un gaspillage effroyable, voué à l'échec. Chaque être humain doit partir de zéro. Or la science, la technologie, l'économie, l'art font des progrès chaque jour. De nouveaux faits sociaux et politiques se rajoutent quotidiennement aux livres d'histoire. Donc les enfants qui iront à l'école après moi auront plus de choses à apprendre, leurs enfants en auront encore plus, leur petits-enfants beaucoup plus... Chaque bébé humain doit gravir les barreaux de l'échelle un par un pendant des années pour se hisser au même niveau que ses parents. Sauf que la taille de l'échelle augmente chaque jour! Au bout d'un moment, il faut faire des choix, il faut tronquer les programmes scolaires, supprimer des sujets et des matières car les journées ne comptent qu'un nombre limité d'heures.

Mes parents avaient forcément appris des choses que j'ignorais et j'étais en train d'apprendre des choses qu'ils ignoraient. Il y avait peut-être des choses qui m'auraient passionnée mais je n'en saurais jamais rien parce qu'elles n'étaient pas au programme. Par contre il y avait plein de choses qui ne m'intéressaient pas du tout et que j'étais obligée d'ingurgiter pour passer dans la classe suivante. Et ça allait durer pendant des années! J'avais envie de pleurer et de hurler mais ça n'aurait rien changé. Quoi faire d'autre que de se soumettre en essayant de ne pas se laisser gagner par l'abattement?

Je trouvais ça aberrant, anormal. Je ne comprenais pas comment la nature pouvait avoir mis au point un système aussi débile. Si chaque enfant vient au monde en sachant déjà ce que savent tous ceux qui l'ont précédé, alors il peut apporter sa contribution personnelle à la société, rajouter sa pierre à l'édifice collectif. Seulement voilà, l'apprentissage est long, pénible, laborieux, fastidieux, répétitif mais surtout standardisé et incomplet, donc la contribution qu'on apporte à l'âge adulte n'est pas forcément pertinente, car nous avons une vision partielle, donc erronée du monde.

Aujourd'hui lorsque je vois l'addiction au portable, je pense au Réseau Humain. Nous nous accrochons comme des damnés à ce poison électronique parce que nous sentons que c'est comme ça que les choses devraient se passer normalement. Si tout le monde était connecté au Réseau Humain, les enfants qui viennent au monde auraient aussi cette connexion. Toutes les connaissances de l'humanité seraient naturellement disponibles pour tout le monde, en tout lieu, en tout temps. Les enfants seraient spontanément attirées vers des types de connaissances spécifiques en fonction de leur caractère et ils auraient à leur disposition l'intégralité des informations adéquates. L'éducation d'un enfant consisterait alors à lui apprendre à se servir de son corps, de ses émotions et de son intellect, lui montrer comment vivre en société et avec les autres espèces, lui donner le goût de l'évolution. L'humanité progresserait à la vitesse de l'éclair au lieu de ramper à reculons comme c'est le cas actuellement.

Le téléphone portable est une mauvaise imitation du Réseau Humain. C'est une imitation minable mais c'est mieux que rien. Ça soulage là où ça fait mal. En échange, ça demande une gigantesque logistique matérielle et informatique, ça consomme des quantités effrayantes de plastique, de métaux, de terres rares, de gaz, de produits chimiques et d'électricité. Mais la douleur d'être coupé du Réseau Humain est telle que nous sommes prêts à tout détruire, y compris nous-mêmes, juste pour avoir l'illusion de la connexion.

L'autre problème qu'il me semble voir dans le téléphone portable, c'est qu'il inonde la planète d'ondes électromagnétiques qui perturbent notre corps. Il me semble que cette saturation brouille notre communication interne, car n'oublions pas que nos nerfs fonctionnent à base d'électricité, de même que notre cerveau et notre coeur. Ce brouillage électromagnétique peut potentiellement nous empêcher de découvrir nos antennes naturelles. Si c'est bien le cas alors non seulement le téléphone portable usurpe le rôle du Réseau Humain mais en plus il nous empêche de trouver le moyen de nous y connecter.

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