Moitié vide ou moitié plein?

On m'accuse souvent d'être négative parce que lorsque tout semble aller à merveille, je continue à poser des questions dont certaines peuvent gâcher le plaisir ambiant. C'est vrai que j'ai du mal à simplement profiter de ce qui est là. Mais d'un autre côté, j'ai l'impression que tout les gens profitent de tout et n'importe quoi, sans chercher à éviter les éventuels pièges qui peuvent se cacher sous l'apparente bonne opportunité.

Il est préférable au quotidien de voir le verre à moitié plein, pour une raison naturelle très simple. Lorsqu'on voit le verre à moitié plein, on espère qu'il va se remplir encore plus. On est porté par une motivation ciblée et enthousiasmante. Par contre lorsqu'on voit le verre à moitié vide, on a peur qu'il continue à se vider. On peut donc être tenté de se laisser abattre ou de faire tout et n'importe quoi pour éviter la catastrophe. L'attraction mène quelque part alors que la répulsion par peur ou par colère mène n'importe où et nulle part. On risque ainsi d'errer vainement ou de s'égarer. Voir le verre à moitié plein nous attire vers un but qui nous plaît : le remplir de plus en plus. Voir le verre à moitié vide nous repousse loin d'une éventualité qui nous déplaît : le vider complètement. Il est plus efficace d'aller vers ce qu'on aime plutôt que de fuir ce qu'on déteste.

J'aime voir le verre à moitié plein. J'ai envie d'avancer alors je m'agrippe fermement à la moindre chose qui peut me faire progresser. Mais je préfère m'assurer qu'il n'y aura pas des conséquences dramatiques ultérieures. Je veux éviter les illusions qui font mal lorsqu'elles s'évanouissent. Je veux éviter les additions salées qui clôturent brutalement les réjouissances festives. Je vérifie, je me méfie, alors on m'accuse de voir le verre à moitié vide. Ce n'est pas vrai. Cette conclusion vient du fait qu'on à l'habitude de voir le monde de façon binaire : "le verre est à moitié plein, si elle ne saute pas de joie alors ça veut dire qu'elle le voit à moitié vide". C'est faux.

En réalité, le verre à moitié plein ne suffit pas à provoquer chez moi des explosions de joie. En plus de vérifier la quantité présente dans mon verre, je me pose 2 autres questions :

  • qualité : de quoi le verre est-il rempli?
  • besoin : qu'est-ce qui me ferait du bien?

Mon verre

Mon verre est à moitié plein. Super! De quoi? De sel. De quoi ai-je besoin? J'ai soif. Y'a t-il de quoi se réjouir?

Mon verre est à moitié plein. Chic alors! De quoi? De pépites de chocolat. De quoi ai-je besoin? J'ai faim mais mon foie est bouzillé. Ne vaudrait-il pas mieux se méfier?

Voir le verre à moitié plein, c'est la meilleure chose à faire, à condition que son contenu me fasse réellement du bien, si possible à long terme.

Le verre peut être à moitié rempli de mauvaises choses. C'est assez dramatique, surtout si on n'a pas le choix et qu'on est obligé de s'en contenter. Si le verre est rempli de bonnes choses alors autant poser la question suivante. Est-ce que c'est bon pour moi?

Le verre peut être rempli de bonnes choses qui ne m'apportent rien parce que j'ai besoin d'autre chose. Ce n'est pas bien grave. Je risque uniquement la frustration, ça ne m'empêche pas de profiter de ce que j'ai. Le verre peut aussi être rempli de bonnes choses qui sont nocives pour moi du fait de ma condition actuelle. Cela incite à la prudence car je risque de m'attirer des ennuis, qui peuvent éventuellement être irréversibles.

Pour que le verre me fasse du bien, il faut qu'il soit suffisamment rempli, il faut que son contenu soit bon, il faut qu'il comble mes manques et respecte mes limites. Si la quantité est motivante mais que l'une des 2 autres conditions n'est pas satisfaite alors il est préférable de bien réfléchir. Peut-être que je peux en profiter à fond, peut-être que je peux consommer avec modération, peut-être qu'il vaut mieux s'abstenir, peut-être que je n'ai pas le choix.

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