Méditation et relaxation

Les sites internet et les magazines papier regorgent de photos montrant de belles jeunes femmes athlétiques (rarement des hommes) assises en lotus, dans une salle au design épuré ou dans un paysage bucolique, les yeux fermés, un sourire léger flottant sur les lèvres. Chuuuut. Elles méditent. Elles sont en pleine béatitude. Elles goûtent la présence divine en elles. Chaque courel a ses petites techniques publiques ou secrètes, qui placent le pratiquant sur un toboggan express menant vers le divin. Puis lorsque ces belles femmes se relaxent, elles sont couchées sur des serviettes de bain blanches, avec des cailloux, de l'huile ou des mains sur leur dos. Leurs yeux bleus nous fixent en murmurant : "Hmmm! Que je suis heureuse de baigner ici, où tout n'est que luxe, calme et volupté. Viendez avec moi". Les courels ne proposent pas grand chose en matière de relaxation. La détente est essentiellement commercialisée par les spécialistes du bien-être.

Mon expérience est légèrement différente. Derrière les yeux fermés, c'est une véritable bataille qui s'engage. C'est une activité aussi intense que l'entraînement d'un sportif de haut niveau, sauf que ce n'est pas le corps qui se muscle et s'assouplit, c'est le mental. Pour moi, la méditation et la relaxation sont avant tout des techniques neutres, des outils d'auto-manipulation physique, mentale et émotionnelle. Les dogmes, messages et suggestions qui enrobent ces outils, orientent le pratiquant vers un style d'utilisation précis. En supprimant les discours accompagnateurs, il est possible d'en faire d'autres usages.

La méditation

Quel que soit le protocole adopté, le principe est toujours similaire. Le corps doit demeurer immobile lors de la méditation. Il est possible de faire du yoga ou n'importe quel autre échauffement préparatoire, pour que le corps puisse tenir le plus longtemps possible, sans manifester trop d'impatience ou de gêne.

Dans la méditation sans visualisation, l'attention doit se focaliser sur un objet neutre. Cela peut être une partie du corps, une sensation comme la respiration, une image ou un son... Quel que soit le support de la focalisation, l'intellect ne doit pas s'en détacher et les émotions ne doivent pas vagabonder. Dans ce cas, le corps, l'intellect et les émotions doivent demeurer immobiles quoiqu'il se passe.

Dans la méditation avec visualisation, l'attention se focalise sur un objet émotionnel. Ce peut être un concept, une représentation spirituelle, un scénario imaginaire... L'intellect se concentre intensément sur l'objet dans le but d'exacerber ou d'apaiser des émotions. Dans ce cas, le corps reste immobile, l'intellect est balisé et les émotions sont librement stimulées.

L'immobilité du corps est essentielle dans la méditation. Au quotidien le corps et les émotions fonctionnent en tandem. En effet, les émotions ont toujours une manifestation physique et le fait de mimer physiquement une manifestation peut faire naître l'émotion correspondante. Par exemple si je suis énervée, mes mains vont se crisper et ma mâchoire se serrer, car l'émotion se manifeste. À l'opposé, si je suis parfaitement calme, le fait de crisper mes mains et de serrer les mâchoires pendant un petit moment, va finir par m'énerver, car mimer la manifestation provoque l'émotion.

Le fait de rester physiquement immobile durant la méditation, est un excellent exercice pour s'entraîner à séparer les émotions de leurs manifestations physique. Cette séparation peut ensuite être exploitée au quotidien. Une temporisation s'installe petit à petit entre l'apparition des émotions et leur manifestation physique. Ce petit tampon permet de faire intervenir l'intellect, au lieu de subir le déroulement émotionnel tout d'un bloc, en toute impuissance. C'est en tout cas la façon dont je me sers de la méditation.

Par exemple lorsque je me cogne le petit doigt de pied contre la table (ping! ouille ça fait mal, hein?), au lieu de crier "Aaaaaaïe! Eh meeerde!", je ferme les yeux et je me concentre calmement sur la douleur. J'observe toutes les sensations désagréables, sans essayer de les atténuer, en laissant les larmes couler si elles viennent. Je sens les battements cuisants dans l'orteil, l'adrénaline qui chauffe le thorax et accélère les battements du coeur. Je commente mentalement "Ah! La vaaache!  Ça fait mal, hein? Tu le sens bien là?", jusqu'à ce que tout disparaisse. À quoi ça sert?

Ça sert à plein de choses. Par exemple à ne pas se crisper. La crispation amplifie la douleur, elle met ainsi plus de temps à disparaître. Dans le cas d'une douleur récurrente, la crispation se transforme en tension musculaire permanente et les nerfs sont constamment à vif. On peut avoir tendance à s'enflammer des zones comme le dos ou la nuque, en cas de choc nerveux. Ça sert également d'entraînement progressif pour encaisser des chocs physiques, émotionnels ou intellectuels de plus en plus importants, tout en restant calme et lucide. C'est hyper pratique pour éviter les réactions de panique, les emportements impulsifs, les crises diverses et variées, pour tempérer les addictions... Lorsque je suis piégée en public dans une situation dramatique, je m'imagine en train de hurler de toutes mes tripes et de taper du poing en pleurant. Grâce à la temporisation, j'évite la manifestation physique de ces effusions internes, si bien que personne ne remarque rien. Extérieurement mon visage et mon corps restent affables. Une fois que l'angoisse est évacuée, je peux réfléchir calmement pour trouver des solutions.

Cette temporisation entre l'émotion et sa manifestation physique peut être exploitée pour améliorer un paquet de choses au quotidien et à long terme. J'ai ainsi réussi à me débarrasser de vomissements spontanés, après en avoir souffert pendant 22 années. Au terme d'une méditation intensive record de 2h non-stop, ce mal m'a quittée définitivement, alors que toutes les autres méthodes avaient échoué. Ce fut spectaculaire et tellement libérateur. C'est à ce moment là que j'ai compris que j'avais tout intérêt à utiliser volontairement les bienfaits de la méditation, plutôt que de laisser l'extérieur me dicter l'usage à en faire.

Dans cette optique, il me semble qu'une méditation vraiment efficace doit comporter au minimum une demi-heure d'immobilité physique totale, l'idéal étant de rester plus d'une heure sans bouger le moindre cil, lorsque la santé physique le permet. Récemment, j'ai découvert les travaux du docteur Roger Vittoz. Il me semble que ses exercices peuvent constituer un excellent entraînement mental, dont les bénéfices sont similaires à ceux de la méditation. À creuser...

La relaxation

Pour moi, c'est le contraire de la méditation, car il s'agit de relâcher l'organisme en profondeur, de ne plus fournir d'effort, que ce soit au niveau physique, intellectuel ou émotionnel. Hormis la sieste à la plage, je ne connais que 2 pratiques qui permettent de se mettre dans cet état, sans aide extérieure.

La position de yoga Savasana, la posture du cadavre. Il y a différentes variantes pour cette posture. D'une façon globale, cela consiste à s'allonger à plat sur le dos, à passer en revue le corps entier pour détendre une à une les tensions musculaires, puis à se détendre totalement. Il vaut mieux éviter de s'endormir, puisque le but est d'éduquer le corps à se détendre volontairement.

L'autre technique m'a énormément apporté en matière de la relaxation, c'est le training autogène du docteur Johannes Heinrich Schultz. J'ai découvert ses exercices lorsque j'étais étudiante. Cela m'a permis de soigner de graves inflammations dorsales, que le corps médical me proposait d'éradiquer par une intervention chirurgicale. D'après mes nombreux clichés cliniques, j'ai une scoliose, une lordose, une bascule à la hanche, une inversion de la courbure de la nuque et un spina bifida occulta. Il m'arrivait parfois de me déplacer avec des béquilles car les douleurs étaient si intenses que je ne pouvais plus bouger mes jambes. En effectuant les exercices du training autogène 3 fois par jour pendant 3 mois, j'ai pu abandonner définitivement les béquilles. J'ai l'impression que la détente générale et profonde de l'organisme permet au corps de s'organiser pour compenser les malformations, avec beaucoup de succès.

Personnellement, je trouve que le training autogène est largement plus efficace que la posture de yoga, car le corps est progressivement guidé vers la détente, tandis que dans Savasana, il doit se débrouiller tout seul pour imaginer ce que la détente signifie. Une personne particulièrement tendue ne peut que s'impatienter et se crisper encore plus, en attendant que la posture prenne fin. Avec le training autogène, la détente est obtenue par étape, le chemin est clairement balisé, on sent concrètement la relaxation se répandre par pallier dans le corps. Petit bonus, on peut s'endormir à la fin de la séance.

Se relaxer sur une table de massage ou dans un spa, pourquoi pas? Il n'y a pas de mal à se faire du bien. Mais il me semble important d'apprendre également à se relaxer seul, volontairement, sans aide ni support extérieur, afin de ne pas devenir dépendant, dans un domaine aussi primordial que celui là. Après plusieurs mois de pratique rigoureuse, le training autogène devient un automatisme. Il peut ainsi être pratiqué n'importe où, à n'importe quel moment, pour peu qu'on puisse s'allonger ou juste s'asseoir. Il peut être pratiqué le soir au moment de s'endormir ou le matin avant de sortir du lit. Les petits moments d'attente quotidiens peuvent ainsi se transformer en discrètes sessions d'exercices hautement bénéfiques.

Il me semble que méditation et relaxation sont complémentaires, inséparables et indispensables. Il est amusant de noter que le training autogène se base sur le mécanisme inverse de celui de la méditation. En effet il s'agit de mimer les manifestations physiques de la détente, afin de provoquer l'apparition de cet état. Et ça marche! En crispant les poings, je peux m'énerver sans raison. En suggérant la vaso-dilatation, je peux détendre mon corps, sans raison non plus. Ainsi, grâce à la méditation je sépare l'émotion de sa manifestation, grâce au training autogène je soude la manifestation aux émotions. Je dispose ainsi de 2 outils opposés. L'un me permet de bloquer l'expression des émotions, sans pour autant les nier ou les étouffer. L'autre me permet de me mettre dans l'état émotionnel de mon choix.

Séparation et réunion. Contraction et relâchement. Tension et détente. Focalisation et expansion. Action et repos. Contrôle et passivité. L'équilibre quotidien requiert l'alternance harmonieuse et volontaire des 2 états opposés.

Avec la méditation, j'utilise mes ressources pour oeuvrer efficacement dans le monde.

Avec la relaxation, je laisse les lois de la nature oeuvrer mystérieusement en moi.

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