Maltraitance des cheveux noirs

Pourquoi un article sur les cheveux? Parce que c'est quelque chose qui est là au quotidien. Si ça se passe mal au niveau capillaire alors le quotidien est gâché. Comme le quotidien revient tous les jours jusqu'à la fin de la vie, il vaut mieux se débrouiller pour qu'il soit le moins pénible possible.

Ma mère est africaine, mon père est européen, j'ai donc des cheveux de métisse. C'est à dire des cheveux ingérables, très sec, très fins, très frisés, qui blondissent au soleil. Lorsque j'étais petite, ma mère insistait pour que je me laisse pousser les cheveux, moi je ne rêvais que de les faire ratiboiser chez le coiffeur, car les cheveux longs c'était la garantie de souffrances à rallonge. Que ce soit à la brosse ou au peigne, les longues séances de démêlage étaient douloureuses. Montre en main, sans exagération aucune, il fallait plus de trois quarts d'heure pour peigner tous les cheveux. Une fois l'opération terminée, les noeuds revenaient au moindre mouvement, à la moindre brise de vent.

Plus tard, j'ai fait comme tout le monde, je me suis défrisé les cheveux. Mais ces produits chimiques sont extrêmement agressifs, ils peuvent occasionner de graves brûlures sur le cuir chevelu et provoquer une calvitie à long terme. J'ai aussi tenté les tresses mais cela abîme les cheveux les plus fins. Ils finissent par disparaître, faisant apparaître une calvitie partielle sur la nuque, les tempes et au dessus du front. Naomi Campbell en est l'exemple typique.

avantLorsque je suis devenue financièrement indépendante, je me suis mise en quête du shampoing idéal. Je ne pouvais pas croire que la nature m'avait ainsi maudite pour la vie. Une esthéticienne interviewée sur une radio avait dit que que les shampoings du commerce ne sont pas adaptés aux cheveux noirs. J'y croyais fermement et voulais trouver la formule idéale.

J'ai commencé par essayer les plus-doux-que-mega-doux, ensuite je me suis convertie au bio-hyper-ultra-doux, sans succès. Les peignes ne passaient toujours pas, les brosses perdaient leurs dents en quelques semaines, le démêlage m'arrachait toujours 3/4h de larmes, au réveil ma tête était aplatie d'un côté, hérissée de l'autre, lorsque je plongeais dans une piscine, je ressortais les cheveux secs. Oui, les cheveux métis sont tellement compacts que même l'eau a du mal à y pénétrer! Lorsqu'on veut les laver, il faut vraiment insister pour réussir à les mouiller. Aussi incroyable que cela paraisse, même le vent qui souffle a du mal à circuler dans cet enchevêtrement pileux.

pendantJ'ai alors tenté des petites recettes maison, à base de vinaigre, de bière, de jaune d'oeuf additionné d'un peu d'huile, des huiles essentielles, des infusions de plantes, des bains d'huile... D'être ainsi gênée au quotidien, ça use lentement les nerfs. Donc lorsque je traversais des périodes particulièrement difficiles, j'éprouvais un irrésistible besoin de me raser le crâne. Ça me soulageais, je me sentais plus légère, je respirais mieux sans cette masse étouffante. Je ne comprenais pas pourquoi la nature avait ainsi condamné les noirs à souffrir dans un domaine aussi basique.

Je désespérais d'arriver à trouver une solution lorsque j'ai découvert les produits ayurvédiques. J'ai d'abord utilisé la noix de lavage mais elle me séchait les cheveux, sans toutefois les friser outre mesure. Un bon début. J'ai ensuite découvert des shampoings en poudre, composée de plusieurs dizaines de plantes. Il suffit d'y ajouter de l'eau pour s'en servir. Mes cheveux ont commencé à prendre une bonne tournure. Ils étaient un peu moins frisés, plus souples, plus doux, un peu moins sec. J'étais sur la bonne voie. Pour la première fois de ma vie, j'ai laissé pousser mes cheveux pendant plus de 2 ans, un véritable record!

Mais j'étais sûre qu'il était possible de faire mieux. En étudiant la composition des poudres, j'ai fini par élaborer ma propre formule. Ça fait maintenant 4 mois que je l'utilise et je suis enfin soulagée. Au lieu d'avoir des problèmes sur la tête, j'ai juste des cheveux, comme tout le monde. Après mon shampoing, le peigne passe tranquillement, il y a quelques noeuds mais le démélage me prend 5 minutes grand maximum. Le mois dernier, j'étais à la piscine pour la première fois depuis des années. Je plonge dans l'eau et en ressortant je me dit : "Tiens? Y a un truc bizarre". Mes cheveux étaient mouillés! Après un seul plongeon? C'était donc vrai. Les shampoings sont une catastrophe pour les cheveux noirs.

aprèsVoilà à quoi je ressemble aujourd'hui. Gare à ceux qui oseront dire qu'ils ne voient aucune différence!!! Ça fait 3 ans qu'ils poussent trankilou, record battu. Fini la tête de porc-épic. Terminé l'impression de s'être coiffée en mettant les doigts dans une prise électrique. Mon shampoing est simple :

Une décoction de noix de lavage

Un citron vert

Un gros morceau de gingembre

 

Après avoir rincés le gingembre et épluché le citron, je les coupe en petits morceaux. Je les mets dans un mixer avec un bol d'eau. Lorsque tout est réduit en purée, je filtre pour jeter la pulpe et je rajoute un peu de noix de lavage. Parfois je rajoute des plantes comme l'ortie ou la prêle, des huiles essentielles ou un oeuf... Je me frotte les cheveux et masse bien le cuir chevelu avec ce mélange avant de rincer. C'est tout. Pas d'huile, pas d'après shampoing, pas de lissage, rien. Lorsque le vent souffle, mes cheveux volent dans tous les sens, puis se remettent gentiment à leur place. Malgré leur taille, je peux même glisser mes doigts dans mes cheveux et sentir mon crâne, miracle! J'ai trouvé ultérieurement d'autres formules plus efficaces

La noix de lavage nettoie les cheveux et les défrise légèrement. Le citron désinfecte et adoucit les cheveux. Le gingembre assainit, assouplit et active la circulation sanguine dans le cuir chevelu. Et avec tout ça, mes cheveux sont super contents et moi aussi. Lorsque je ne suis pas chez moi, j'utilise la noix de lavage pure. J'emporte une petite bouteille de décoction dans mes bagages. Elle me sert parfois de savon pour la peau et de liquide vaisselle.

Ceux qui n'ont jamais eu de problèmes de cheveux vont peut-être sourire en disant que je me fais du soucis pour des futilités. Ôtez-vous vite cette idée de la tête. Cette histoire de cheveux me paraît importante. Les cheveux noirs sont réellement désespérants. À qui la faute? La religience nous dit que c'est normal, c'est naturel, c'est génétique. Donc être noir est une source naturelle de problèmes? Le discours officiel tend à dévaloriser les populations noires de façon mensongère.

Ces démêlés capillaires permettent de tenir un discours qui sonne comme une malédiction naturelle, voire divine : "Tu as des cheveux ingérables? C'est parce que tu es noir. C'est dieu qui t'a créé comme ça". Non! Ça suffit les conneries. En vérité, c'est l'utilisation de produits agressifs qui rend infernal l'entretien des cheveux noirs. C'est la bêtise humaine qui condamne les noirs. Je ne sais pas ce que ma recette donnerait sur d'autres types de cheveux que les miens, en tout cas je suis absolument certaine qu'il existe une solution adéquate pour chacun. Il est possible de les découvrir lorsqu'on arrête de croire les discours scientifiques dévalorisants.

Cela me fait penser aux dogmes des courels : "Tu souffres? C'est à cause de tes péchés. C'est parce que tu t'es détourné de dieu. C'est à cause de ton ego. C'est à cause de ton karma..." C'est toujours à cause de nous par contre ce n'est jamais à cause des aberrations de la société.

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