Le pilotage du corps

L'imagination est le moyen par lequel nous donnons des ordres au corps. Si on veux plier le bras, est-ce qu'on contracte volontairement chaque muscle impliqué? Pas du tout. La preuve, c'est que le jour où on se fait une entorse, un claquage ou une inflammation, on s'aperçoit douloureusement que les mécanismes musculaires auxquels nous sommes habitués par le quotidien sont plus complexes qu'on ne croyait.

Lorsque nous voulons lever le bras, notre imagination dit : "je veux lever le bras". Le corps se débrouille alors pour exécuter le mouvement demandé. Les sensations physiques que nous ressentons en retour, nous indiquent si le mouvement est conforme à nos attentes ou s'il nécessite quelques ajustements. Nous pouvons demander à contracter les quelques muscles dont nous avons conscience, afin de contrôler le processus. Savons-nous ce qu'il faut faire biologiquement pour contracter un muscle? Non, nous reconnaissons seulement les sensations qui indiquent que l'ordre donné par notre imagination est en cours d'éxécution.

Je n'arrive pas à croire que le rôle de l'imagination se limite à du simple pilotage nerveux et musculaire. Au vu de mon expérience personnelle, de ce que j'observe autour de moi, de ce que je lis à droite à gauche, je constate que l'imagination est comme un maître d'oeuvre. Elle choisit ce qu'elle prend en charge, ce qu'elle délègue à l'organisme et ce qu'il faut éviter. L'organisme fait toujours au mieux de ses capacités. Il n'a aucun pouvoir de décision. Il s'acquitte fidèlement et intelligemment des tâches qui lui sont confiées, quelles qu'elles soient. Donc si nous sommes sujets à des nuisances, il y a de fortes chances pour qu'elles proviennent des ordres données via l'imagination.

Les maladies, les prises ou pertes de poids, les allergies, les excès ou carences et autres désagréments sont bien souvent les reflets physiques de notre état général, car le mental, l'émotionnel et le corporel forment une chaîne solidaire, pour le meilleur comme pour le pire. Du fait de nos remous, de nos contraintes, de notre ignorance ou de notre arrogance, nous pouvons sans le savoir, pousser l'imagination à donner des ordres aberrants, à gérer des choses qu'il vaudrait mieux déléguer ou à interdire ce qui est bénéfique.

Cela signifie aussi que les métamorphoses, les guérisons spectaculaires et les miracles sont tout autant pilotés par l'imagination. Lorqu'elle est motivée par de puissantes intentions, lorsqu'elle est mobilisée par des émotions intenses, elle est capable d'exploiter les ressources insoupçonnées de l'organisme et de son environnement, générant ainsi des transformations défiant toute explication rationnelle.

Si l'imagination pilote vraiment le corps, pourquoi nos désirs ne se réalisent-ils pas sytématiquement? Parce que la majeure partie de notre activité mentale et émotionnelle est inconsciente. Si je rêve d'être comme ci mais qu'inconsciemment je doute que ce soit possible, rien ne se passera. Si je rêve d'être comme ça mais que cela évoque en moi des émotions négatives inconscientes, rien ne se produira. L'oppostion entre l'image consciente et l'image insconsciente annule l'ordre ou plonge l'organisme dans la confusion.

Si l'imagination pilote vraiment le corps, pourquoi m'arrive-t-il des choses que je déteste? Parce que si je suis consciente à 10% alors je suis inconsciente à 90%. Ainsi, 90% de mon corps ne correspond pas à l'image que je me fais de moi, 90% de mes fonctionnalités échappent à ma volonté, 90% de ce que je vis semble tombé du ciel ou sorti tout droit de l'enfer.

J'ai l'impression que nous savons tout sur l'animalité du corps mais pas sur son humanité et le peu que nous en savons nous entrave plutôt qu'autre chose. Nous vivons de telle façon ou de telle autre parce qu'on vit comme ça depuis des millénaires, parce que la religience a prouvé que c'est ainsi que ça doit se passer et que si on fait autrement on risque de se faire très mal. Ces connaissances déterminent ce que l'organisme assume automatiquement, ce qu'il laisse sous notre responsabilité et ce qu'il ne fera jamais. Si on y additionne nos blessures et espoirs personnels, on se retrouve emmêlés dans un enchevêtrement de croyances qui entraînent des attitudes inadaptés et des blocages nocifs. Dans la mesure où tous les individus de la terre vivent ainsi et dans la mesure où les animaux vivent ainsi, nous trouvons cela normal et naturel. Nous trouvons anormal, impossible ou dangereux de vivre autrement. Voilà! Notre potentiel humain peut stagner tranquillement, nous ne risquons pas de l'explorer.

Il paraît qu'il faut manger 3 fois par jour sinon on maigrit, on devient tout faible, on peut tomber malade et en mourir. Or j'ai passé un mois sans manger et je n'ai jamais été aussi en forme de toute ma vie, sans perdre de poids. Pendant cette période, j'ai délégué la responsabilité de l'alimentation à mon organisme. J'ignore comment il a procédé, en tout cas il s'en est largement mieux tiré que lorsque je fais des choix de nutrition équilibrée.

Alors pourquoi des enfants meurent de faim dans le monde? Parce que l'imagination pilote le corps. Pour moi, ne pas manger était une expérience volontaire, dans le but d'apprendre plein de choses intéressantes. J'étais enthousiaste et libre d'interrompre le processus à tout moment. Pour l'enfant, il s'agit d'une agression brutale, infligée par un contexte violent qui met sa vie en danger, sans qu'il puisse se défendre, sans qu'aucun adulte ne puisse le protéger. Malgré mon expérience, je mourrais aussi très certainement de faim si je me retrouvais dans la même détresse que ces enfants.

Alors pourquoi les grévistes de la faim dépérissent, alors qu'il s'agit d'un choix volontaire? Parce qu'ils ont justement décidé de mettre leur vie en danger pour choquer les gens et attirer ainsi l'attention sur le combat qu'ils mènent. L'organisme coupe donc toutes les voies d'alimentation pour affamer le corps. La volonté de découvrir les ressorts mystérieux du corps m'a révélé des choses enrichissantes, tandis que la volonté de me priver d'alimentation aurait tôt fait de m'émacier et de m'affaiblir. Ce que j'imagine, consciemment ou inconsciemment, est inconditionnellement exécuté par mon organisme.

Pourquoi ne serait-il pas possible de perdre du poids, juste en l'imaginant, comme on imagine lever le bras, tout en sachant qu'il se lèvera? "Parce que blabla tissus adipeux blabla métabolisme blabla cholestérol blabla...". Pourquoi ne serait-il pas possible d'annuler le rhume qui terrasse les gens au début de l'automne? "Parce que blabla température blabla système immunitaire blabla virus blabla...". Pourquoi ne serait-il pas possible... J'ai souvent posé ce genre de questions, je connais les réponses par coeur : "oui, mais moi j'ai une vraie maladie", "oui, mais tout ne vient pas de l'inconscient", "oui, mais moi je n'en ai pas besoin", "oui, mais moi je vais très bien"...

Tant que ça reste théorique, tout le monde est prêt à accepter que les pensées et les émotions jouent un rôle dans la gestion du corps. Dès qu'il s'agit d'appliquer concrètement ce principe à soi-même, on nie tout en bloc et on se réfugie chaudement sous les ailes de l'éducation, de la science et de la culture. C'est normal. C'est effrayant de voir qu'on est absolument seul pour comprendre, encaisser et résoudre des douleurs internes, intimes, inconnues. Personne ne peut souffrir ni cicatriser à notre place. C'est effrayant de gérer ce dont on ne connaît pas le fonctionnement. Il faut prendre le risque d'adopter à l'aveuglette, des décisions intuitives qui peuvent s'avérer salvatrices ou damnables. C'est effrayant d'affronter l'inconscient, obscure, infiniment mouvant, vertigineux. Comment trouver une aiguille illusoire dans une botte de foin abstraite?

Même si c'est contre-productif, il est plus facile et plus rassurant de laisser le corps se faire terrasser par les chocs, pour ensuite le soigner, car dans ce cas l'obstacle est tangible, il existe des solutions prêtes à l'emploi et le monde extérieur peut apporter son aide réconfortante. La solitude, l'ignorance et l'immatérialité sont angoissants, surtout lorsqu'ils tiennent notre vie en otage.

Je ne peux pas prouver ce que j'affirme mais ça hurle partout en moi, ça ne devrait pas se passer comme c'est le cas actuellement. Je suis convaincue qu'avec une grande ouverture, fluidité, disponibilité, avec une bonne connaissance des lois naturelles, avec une pureté physique, mentale, émotionnelle et avec un grand désir d'évolution, il est possible de se servir du corps humain d'une façon qui paraîtrait miraculeuse à nos yeux.

La durée actuelle de notre vie est ridicule. Nous sommes fauchés par des maux absurdes, dont des auto-destructions organiques. Nos facultés de régénération sont incroyablement limitées. Comment utilisons nous nos corps? De façon mécanique grâce aux mouvements musculaires et aux stimulations nerveuses, nous subissons notre activité hormonale. C'est tout? Non. Lorsque nous avons du mal à faire quelque chose, nous contruisons des machines pour nous suppléer. C'est insensé. C'est aberrant. C'est abrutissant.

Les carences et pollutions de l'industrie affaiblissent nos organismes mais plus grave encore, notre imagination est en esclavage à cause des pollutions et des carences de notre savoir. Nous sous-estimons ce que cela signifie d'être humains.

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