La méditation peut nuire

L'eau c'est vitale pour la santé. Pourtant boire trop souvent peut abîmer les reins. C'est l'une des grandes leçons que je tente de ne jamais oublier. Rien n'est jamais complètement bon, ni complètement mauvais. Tout est relatif.

Pourtant il y a une chose qui échappe à cette règle de façon générale dans les média, c'est la méditation. La méditation est forcément bien. C'est une pratique qui amène forcément luxe, calme et volupté à l'intérieur de soi. Ce n'est évidemment pas vrai, parce que tout est relatif. Si elle est bien utilisée, elle peut faire du bien. Si elle est mal utilisée, elle peut faire beaucoup de mal.

Certains sites internet commencent à pointer du doigt l'un des effets négatifs de la méditation, à savoir les chocs psychologiques violents. Si on vit avec des traumatismes conscients ou inconscients, la méditation peut les faire remonter à la surface un peu trop brutalement et le psychisme s'en trouve bouleversé. C'est ainsi que des gens qui menaient une existence paisible se sont retrouvés à l'asile psychiatrique du jour au lendemain.

J'ai expérimenté quelque chose de similaire lorsque j'ai découvert la médiation. J'ai participé à une session intensive de 10 jours. On commençait à l'aube, on méditait toute la journée, interdiction de parler pendant toute la durée du séjour. Il s'est effectivement passé des choses assez violentes pour moi, certaines ont été bénéfiques, d'autre un peu moins. Je suis ressortie de là, submergée par une haine intense et inexplicable. J'ai été obligée de dessiner pour évacuer ce que je ressentais envers cette malbouffe "spirituelle".

J'étais en colère contre le "saint homme" qui dirigeait cette chaîne internationale de centres de méditation industrielle. Voilà comment je le voyais cet espèce de sale gros porc puant. Les méditants sont entassés dans des salles comme du bétail, gavés du matin au soir de leçons de morale enregistrées sur CD comme des bovins gavés d'hormones. On médite, on médite et après? Que faire si quelque chose d'inattendu remonte? Si c'est une crise de larmichette, on peut en parler aux moniteurs. Mais si c'est grave on n'a pas le choix, on gère seul. Les valets serviles qui tiennent le lieu sont là pour vendre bénévolement un service soi-disant gratuit au nom de leur immonde maître. Les courtes séances de médiation peuvent amener un certain bien-être. Mais les imbéciles qui s'amusent à faire des sessions intensives jouent avec le feu. Ce genre d'événements devrait toujours être organisé en collaboration avec des psychologues et des psychothérapeutes qualifiés, pour recoller les morceaux si l'un des participants explose en vol. Un méditant qui craque doit obligatoirement être suivi à long terme après le stage.

Suite à cette expérience, j'ai souvent regretté qu'il n'existe pas une version laïque et propre de la méditation intensive. Il faudrait un lieu où l'on puisse méditer, non pas pour atteindre des illuminations illusoires, des béatitudes astrales et autres libérations fantaisistes. Ici, le but serait uniquement de s'explorer soi-même. Apprendre l'observation et la maîtrise de soi, tout en étant encadré par des professionnels de la santé émotionnelle, physique et mentale. Observer et réguler ses pensées et ses émotions est vital pour diriger sa vie au lieu d'en être l'esclave. Personne ne peut le faire à notre place. Personne ne peut nous transmettre cette capacité par magie. C'est un travail personnel intime de longue haleine.

Et puis récemment, j'ai découvert un autre effet pervers potentiel de la méditation. Les techniques de méditation consistent à se focaliser sur quelque chose à l'exclusion de toute autre chose. C'est bien ce qu'il faut faire pour s'entraîner à mobiliser le pouvoir de concentration selon sa volonté. Et alors? Où est le danger? Le but recherché est justement le danger. Lorsqu'on est capable de se concentrer sur ce qu'on veut lorsqu'on le veut, on peut maîtriser son corps, ses pensées et ses émotions. Cette maîtrise peut faire du mal à l'intérieur de nous et à l'extérieur de nous.

On peut inconsciemment utiliser la méditation pour museler la douleur physique mentale ou émotionnelle. On peut la réduire au silence dès qu'elle se déclenche, de sorte à ne même pas en avoir conscience. Mais la douleur est un signal d'alarme vital qui veut attirer notre attention sur quelque chose de problématique, sur quelque chose qui demande à être solutionné. Si nous sommes capables d'ignorer automatiquement le signal salvateur mais déplaisant, nous pouvons nous acheminer vers des situations dramatiques. J'aimerais rappeler que quasiment tous ceux que l'on considère comme des grands maîtres spirituels sont décédés de cancers. Le cancer n'est pas une maladie anodine. C'est le corps qui s'auto-détruit parce qu'il n'a pas d'autre alternative. Ignorer les appels au secours de notre corps, de notre mental ou de notre coeur ne peut que nous mener à notre perte.

On peut aussi utiliser la méditation à des fins égoïstes. Lorsqu'on maîtrise ses émotions, on peut feindre n'importe quoi, on peut manipuler les gens, leur faire prendre les vessies pour des lanternes, déployer un impressionnant charisme tandis que toutes sortes de vices avides ravagent le coeur. J'aimerais aussi rappeler que quasiment tous ceux qu'on considère comme des grands maîtres spirituels ont été à un moment ou à un autre accusé de viol, de détournement d'argent, de lavage de cerveau et autres joyeusetés de cet acabi. En leur présence on est frappé par le contraste entre les émotions puissantes qui nous agitent et leur calme surnaturel. C'est normal. Ils sont eux aussi traversés par des émotions intenses, nous ressentons leur agitation mais la maîtrise de la méditation leur permet de simuler la quiétude absolue et la béatitude ultime. La maîtrise, c'est très bien. Par contre son utilisation peut être problématique.

Personnellement je pense que la méditation peut faire beaucoup de bien si elle est correctement utilisée. Pour commencer, je considère qu'elle ne sert absolument pas à réaliser des trucs divins. C'est un entraînement qui permet d'apprendre à s'examiner et à se maîtriser. S'auto-manipuler pour atteindre des états de conscience particuliers, je ne considère pas ça comme de la spiritualité.

Une fois qu'on est capable de se maîtriser, il ne faut pas tomber dans le piège de la sélectivité confortable. Il faut rester capable d'écouter tout ce que l'être exprime, même si c'est douloureux à percevoir. Utiliser la maîtrise pour se placer sur un piédestal et entuber les gens, quel minable usage que voilà! Les maîtres-charlatans qui se lancent dans ce style de carrière courent après une gloire illusoire et coûteuse qui les enferme dans la prison luxueuse qu'ils ont eux-même construite pour impressionner et fidéliser leur dévots.

La maîtrise apportée par la méditation peut servir à évoluer, à calmer le tumulte intérieur pour mieux percevoir ce qui s'y passe, à faire le ménage pour y voir plus clair, à fouiller partout à l'intérieur de soi pour trouver son propre esprit. Chercher son propre esprit, c'est ça et rien d'autre que je considère personnellement comme étant de la spiritualité, je considère que c'est le meilleur usage qu'on puisse faire de la méditation.

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