La capacité d'hallucination

Les psychiatres considèrent que lorsqu'on perçoit des choses qui n'existent pas alors on souffre d'hallucinations, on est malade, on doit se gaver de psychotropes pour guérir le cerveau.

Il m'arrive parfois d'avoir des hallucinations visuelles, auditives ou tactiles lorsque je suis émotionnellement très bouleversée. Ces hallucinations ne provoquent pas d'état de panique parce que je sais qu'il s'agit d'images, de sons et de sensations générés par mon cerveau et plaqués sur la réalité. C'est comme un ordinateur qui incruste des images de synthèse dans une scène filmée en temps réel. Est-ce vraiment une maladie ?

Le cerveau génère des sensations à partir de stimuli d'origine externe. Par exemple la lumière atteint l'oeil, le signal entrant est interprété, le cerveau fabrique une image en fonction des données reçues. Qu'est-ce qui empêche le cerveau de générer des images à partir de stimuli internes ? D'un point de vue purement physiologique c'est possible, les symptômes de la schizophrénie le prouve. Les schizophrènes ont des hallucinations car ils génèrent des sensations à partir d'un signal venant de l'intérieur.

Que se passerait-il si nous générions tous des sensations à partir d'informations d'origine interne et externe ? Il serait peut-être difficile de fonctionner en communauté. Nous ne serions jamais d'accord sur rien car chacun de nous percevrait ce que nous voulons ou ce que nous croyons.

On peut donc émettre l'hypothèse que la génération de sensations à partir d'un stimulus interne est une capacité normale de l'organisme humain, qui est inhibée pour pouvoir s'intégrer dans la société. La communication est en effet plus aisée si tout le monde perçoit la même chose, au même endroit, au même moment.

Si on accepte cette hypothèse, on peut en déduire que les hallucinations ne sont pas des pathologies. Les personnes qui ont des hallucinations ne font que lever une inhibition sociale. La capacité de matérialiser des informations internes se met alors en marche.

C'est ici que se glisse une confusion sur la signification de ces phénomènes.

Lorsqu'une personne est dans une situation émotionnelle dramatique qui met en danger son intégrité, certaines barrières mentales peuvent sauter. Si la représentation des stimuli internes n'est plus inhibée alors la personne perçoit des choses qui n'existent pas objectivement. Ses yeux voient réellement des images qui n'existent que dans son propre mental. Ses oreilles entendent distinctement des dialogues qui n'existent que dans sa tête.

L'expérience montre que l'inhibition sociale est levée uniquement en cas de crise grave. On commet alors l'erreur de croire que l'hallucination est le symptôme d'une maladie, alors qu'il s'agit d'une tentative pour résoudre la crise. On avale des produits chimiques pour faire cesser les perceptions subjectives. Que fait-on pour résoudre le vrai problème, à savoir la crise émotionnelle ? Si le vrai problème n'est pas résolu alors la prise de psychotropes n'est qu'une fuite en avant car lorsque le corps s'est habitué à un produit, il faut en prendre un autre. Ce petit manège peut durer une vie entière, vie rendue infernale par les innombrables effets secondaires des médicaments, parfois invalidants, parfois irréversibles, parfois mortels à long terme.

Imaginons une théorie encore plus ambitieuse.

Si on est parfaitement capable de faire la différence entre les perceptions d'origine internes et les perceptions d'origine externes, pourquoi maintenir l'inhibition sociale ? Les perceptions d'origine internes pourraient donner un accès pur et direct au subconscient, sans avoir recours à des techniques d'altération du niveau de conscience, comme le rêve éveillé ou l'hypnose. Les hallucinations, loin d'être des symptômes à éradiquer, pourraient au contraire devenir un outil puissant pour fluidifier la communication intérieure en toute conscience.

J'ai l'impression que les témoignages des psychologues Eleanor Longden et Arnhild Lauveng confirment cette théorie. Ces deux femmes ont été victimes d'hallucinations visuelles et auditives invalidantes. Elles ont réussi à retrouver la sérénité mentale lorsqu'elles ont compris que les images et les sons qu'elles percevaient, contenaient des messages en provenance de leur propre subconscient, des angoisses enfouies qui avaient besoin d'être exprimées. Lorsqu'elles ont accepté d'examiner leurs hallucinations et de comprendre leur signification intime, leurs pathologies ont progressivement disparu. Aujourd'hui elles s'estiment complètement guéries.

Si cela est vrai alors pourquoi continuer à inhiber systématiquement la capacité d'hallucination ? C'est la gravité de la crise qui pousse le subconscient perturber les perceptions, afin d'exprimer ce qu'on veut réprimer. Une hallucination est une manifestation violente ou pacifique que le subconscient organise dans le corps, pour protester contre la censure imposée par la dictature de la conscience. Face à la grogne intérieure, est-il plus judicieux de répondre par la répression ou par le dialogue ? Faut-il envoyer les CRS ou les médiateurs ? Faut-il détruire les hallucinations à coup d'attaques chimiques ou bien les analyser pour déraciner le malaise ? D'ailleurs pourquoi attendre qu'une crise éclate au lieu d'anticiper ? Pourquoi ne pas développer et maîtriser la capacité d'hallucination pour communiquer volontairement avec le subconscient avant qu'il soit trop tard ?

On peut légitimement se poser la question : comment se fait-il qu'il soit nécéssaire d'endormir notre vigilance pour pouvoir communiquer avec notre propre subconscient ? Pourquoi une telle défiance entre le subconscient et la conscience ? Ne font-ils pas partie du même corps, travaillant de concert pour sa sauvegarde et son bien-être ? Est-ce que le subconsicent est privé de la liberté d'expression ? Je pense que la communication est faussée pour d'autres raisons.

Nous pensons consciemment avec des mots. Je suis à peu près sûre que le subconscient n'est pas capable de manipuler les mots. Alors comment communiquent-ils l'un avec l'autre ? Je pense qu'ils entre en contact via les humeurs, les sentiments et les émotions. Parfois on se sent mal sans raison apparente. Peut-être que le subconscient est troublé par une quelconque inquiétude. Parfois on se sent mal et on sait pourquoi. Le subconscient reçoit certainement le message même s'il ne peut pas deviner la raison sous-jacente. Mais si une situation requiert plus qu'une vague impression alors le subconscient peut utiliser une partie du coprs pour atteindre la conscience. Il peut générer une démangeaison, de la chaleur, un battement, un frisson ... même une maladie. Il n'est pas toujours facile de deviner ce que ces sensations signifient.

Lorsque les signaux corporels sont insuffisants alors le subconscient génère des images et des sons. Ces messages ont également besoin d'être déchiffrés car le subconscient se base sûrement sur des analogies. D'abord il se rappelle des sons et des images liés à une émotion donnée pour selectioner les plus marquants. Ensuite il diffuse ces éléments dans nos yeux ou dans nos oreilles, dans l'espoir de déclencher la même émotion, avec une plus forte intensité. En général la diffusion se produit lorsqu'on est endormi, on appelle ça "rêve" ou "cauchemard". Malheureusement lorsque nous voyons ou entendons des choses irréelles à l'état de veille, nous cédons à la panique, nous voulons nous en débarrasser, le subconscient augmente l'intensité de la diffusion, nous sommes de plus en plus effrayés, le subconscient hurle plus fort ... et le cercle vicieux mène tout droit à l'asile psychiatrique le plus proche.

Si ce schéma se déroule effectivement en nous alors accueillir, développer et contrôler les hallucinations peut être un moyen hautement efficace pour communiquer au quotidien avec notre subconscient. Il suffit d'être conscient que notre cerveau n'est qu'un gros ordinateur. Tout comme son homologue électronique, notre ordinateur biologique est capable de combiner du contenu analogique et synthétique en temps réel, pour nous fournir une vision personnelle et significative du monde. Cette vision n'a pas besoin d'être 100% conforme à la réalité. Nous avons besoin avant tout qu'elle soit pertinente pour nous. Pour mener une vie sereine et harmonieuse, nous devons savoir ce qui se passe au-dehors ET au-dedans de nous. Par conséquent il est logique d'agréger ces deux flux de données sur un unique tableau de bord. Nous utilisons les yeux, les oreilles, le nez, la langue et la peau pour capter le monde. Donc le subconscient devrait être autorisé à accéder à ces instruments pour assurer la cohérence de notre système de communication intérieure.

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